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 AMERICAN PSYCHO -Brett Easton Ellis

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Mako



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Date d'inscription: 06/04/2010
Localisation: Paris-Nantes

MessageSujet: AMERICAN PSYCHO -Brett Easton Ellis   Jeu 20 Mai - 5:42

AMERICAN PSYCHO
by Brett Easton Ellis


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American Psycho a été publié en 1991 aux Etats-Unis. Deuxième roman de Brett Easton Ellis après The rules of attraction, il connaît immédiatement un succès immense car il frappe l’opinion publique par sa violence et surtout par ce qu’il dénonce de manière sous-jacente. Adapté au cinéma par Mary Harron en 2000, il connaît là aussi un vif succès grâce notamment à l’interprétation de Christian Bale dans le rôle de Patrick Bateman.

Patrick Bateman est un dandy. Un dandy de la plus haute société. Riche à millions, il dirige -sans vraiment travailler toutefois- une société qui le fait vivre dans le luxe.
Tous les matins, il se livre au même rituel : vérification du degré de bouffissure facial, étalage de glace sur la visage pour le désenfler, exercices d’assouplissement, brossage de dents avec pléthore de produits choisis avec soin, lotion désincrustante sur la figure puis brossage minutieux d’ongles, application d’un masque à la menthe sur le visage, nouveau brossage de dents ( à la brosse à dents électrique cette fois ! ), passage à la douche avec une multitude de gels, savons, shampoings, étalages de crème hydratante, rasage… et ainsi de suite. Il lui faut en tout et pour tout un chapitre entier -intitulé Au matin- (p 39 à 47) pour décrire tout son rituel de lever. Toutes les descriptions, marques de cosmétiques à gogo, explications compliquées sur son comportement et sa manière de procéder ainsi que la marque de ses vêtements sont énoncées…
Le ton est donné : Patrick Bateman est un maniaque narcissique et égocentrique. Il passerait –et prend le temps de passer- des heures à s’occuper de sa personne, se perdant en explications complexes dès le petit matin, pour finalement terminer devant son émission préférée qu’il ne raterait pour rien au monde : Le Patty Winters Show.

Pour Patrick Bateman, cette émission est culte. En effet, comme tout bon américain de la haute société, il suit les talk-show ridicules et en plus, il y accorde du crédit. Par le biais de cette émission, B.E.Ellis dénonce la crédulité du peuple américain face aux médias. Effectivement, la télévision américaine moderne est envahie par ce genre d’émission dîtes « poubelles » auxquelles n’importe quel homme de raison n’accorderait pas un seul regard. Mais la société américaine est formatée par les médias, tout comme l’est la société japonaise. Aussi, lorsque le lecteur se moque des sujets du Patty Winters Show et de l’importance que Patrick Bateman semble lui accorder, Ellis dénonce ce système, dénonçant de la même manière le manque d’esprit critique de la société américaine moderne.

Car Bateman est le personnage symbolique porteur de tous les maux de la haute société américaine moderne. Concentrant ainsi tous les problèmes contemporains des Etats-Unis en un seul personnage, Easton Ellis fait de Patrick Bateman un schizophrène dangereux. Car derrière son aspect de dandy au joli minois et aux costumes soignés se cache un xénophobe pro nazi, psychopathe et serial killer de surcroît. Nourri par des films gores qu’il loue au vidéo club, Bateman est un névrosé des plus instable, se satisfaisant de l’image d’une fille en train de se faire éventrer par une perceuse électrique. Il n’hésitera d’ailleurs pas à imiter les acteurs dans la réalité lorsqu’il s’amusera lui-même à éventrer une de ses victimes à coups de perceuse électrique…

American Psycho raconte donc l’histoire de Patrick Bateman, une sorte de Dr Jeckyll & Mr Hyde moderne qui assume tout à fait son côté macabre et qui en joue. Il n’hésite pas à parler de meurtres devant ses amis, personne ne lui prêtant suffisamment attention pour vraiment le prendre au sérieux :
« Mais oui, je suis un assassin, et je suis un psychopathe, mais oui, tu vois, j’aime bien tuer les gens, oh oui, j’aime bien ça mon amour, ma petite puce, oh que j’aime ça… » ( p 292)

D’ailleurs, nul ne se rend compte que lorsqu’il vient déguisé à Halloween en « maniaque »/ « tueur à la perceuse » ( p 436), il n’est pas déguisé. Au contraire ! Il s’est débarrassé de son masque de dandy pour retrouver son vrai visage : celui d’un tueur.

« (…) soirée à laquelle je suis allé en tueur maniaque, avec même une pancarte accrochée dans le dos, sur laquelle on lisait MANIAQUE (et qui était décidément plus légère à porter que le déguisement d’homme-sandwich que j’avais préparé plus tôt dans la journée, et sur lequel on pouvait lire LE TUEUR À LA PERCEUSE), inscription sous laquelle j’avais ajouté Eh oui, c’est bien moi en lettres de sang, le costume lui-même était souillé de sang, en partie artificiel mais surtout vrai. D’une main je serrais une poignée de cheveux appartenant à Victoria Bell et, à côté de ma boutonnière (une petite rose blanche), j’avais épinglé une phalange que j’avais fait bouillir pour nettoyer l’os. » (p 436)

La violence d’ American Psycho est bien entendue fortement centrée sur le personnage de Patrick Bateman. Il est violent par nature ; c’est un tueur, un serial killer qui s’amuse à torturer des prostituées ( p 374 à 384 par exemple), à tuer des clochards dans la rue, à tenter des expériences dignes d’Hitler durant la Seconde Guerre Mondiale. Par exemple dans le chapitre intitulé une fille ( p 430 à 435), le lecteur assiste à une scène de torture avec un rat capturé deux chapitres précédemment.
Mais la violence de Patrick Bateman n’est pas uniquement sanglante ( bien que le sang est en quelque sorte sa raison d’être). Sa violence est également sociale : il n’hésite pas à écraser un rival plus riche, plus beau ou plus populaire que lui. De toutes façons, être considéré comme inférieur à quelqu’un le rend malade, comme par exemple lorsqu’il se rend compte que la carte de visite de l’un de ses amis est plus jolie que la sienne. Il se met alors dans tous ses états et continue d’y penser de manière obsessionnelle plusieurs chapitres plus loin.
Car Bateman ne fait rien dans la demi-mesure. Tout est extrême dans son comportement et sa manière d’être. Tout est également extrême dans ce roman où Easton Ellis met en avant une société « branchée » complètement pourrie de l’intérieur. Sous le couvert de ce thriller, l’auteur dénonce en effet ce qui se cache derrière l’illusion de la haute société médiatisée : des hommes névrosés rongés par les idées reçues et les préjugés. Des hommes et des femmes qui se moquent de la misère humaine ; un clochard ne sert à rien d’autre qu’à se défouler dessus ! Finalement, ces personnages ne valent guère mieux que les Nazis : juste parce qu’ils ont la beauté, l’argent et la puissance, ils se sentent suffisamment au-dessus des autres pour les considérer comme des déchets. Des déchets juste bons à amuser Patrick Bateman lorsqu’il a besoin de se défouler…

American Psycho est un roman très décalé. Malgré le sérieux du sujet, il reste néanmoins teinté d’humour noir tout au long de ses pages. Parsemé de dialogues de sourd et de scènes surréalistes, cet humour noir permet non seulement de pointer du doigt les travers de la haute société américaine, mais aussi de permettre au lecteur de souffler entre deux scènes d’horreur. Aussi, le lecteur peut un peu se détacher de Bateman, qui reste attaché à lui comme un aimant en sa qualité de narrateur-personnage.
Le titre de l’œuvre est révélateur de ce que Easton Ellis dénonce : American Psycho, la psychose américaine d’une société bourgeoise est-elle entièrement concentrée en le seul personnage de Bateman ? Evidemment, il serait très réducteur de le prétendre. Néanmoins, tous les maux les plus extrêmes de la société américaine sont bels et bien là, dissimulés derrière le masque de la perfection dont cette même société voudrait revêtir tous ses hommes. Une perfection factice, bien entendu, cachant des travers très profonds…

Sous le couvert d’un thriller classique, American Psycho est donc certes un roman violent, un roman choc. Mais pas seulement à cause de sa violence brutale et concrète, mais surtout à cause de tout ce qu’il révèle sur les maux de la haute société américaine aseptisée que le public a trop souvent tendance à idéaliser…
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